Développer le compostage partagé

Le compostage, c’est à dire la technique permettant de décomposer des déchets azotés par un mélange avec des éléments carbonés (type déchets verts ou broyat) sera l’un des grands enjeux de la gestion des déchets dans le prochain mandat, puisque la gestion des biodéchets sera rendue obligatoire au 1er janvier 2024 (loi sur la transition énergétique de 2015 + paquet économie circulaire )

Un changement réglementaire en 2024 à anticiper

Le compostage a de nombreuses vertus. Il permet tout d’abord d’offrir un débouché complémentaire pour les restes alimentaires et les déchets verts. Ensuite il se traite à travers des infrastructures de proximité et peu coûteuses – en comparaison des incinérateurs et centre d’enfouissement – et enfin il transforme les déchets en une matière facile à valoriser, le compost, qui permettra de régénérer les sols et ainsi de contribuer d’une part à une meilleure absorption carbone et d’autre part à accroitre la productivité agricole sans intrants chimiques.

A l’échelle communale, plusieurs options s’offrent

  • promouvoir le compostage individuel, dans son jardin ou sur son balcon (en utilisant dans ce dernier cas les techniques de lombricompostage ou la méthode bokashi)
  • installer des composteurs partagés dans chaque rue et chaque collectif
  • Instaurer une collecte en porte à porte généralisée et établir des partenariat avec des agriculteurs pour mettre en place des plateformes de compostage industriel (c’est à dire à grand échelle, où les déchets sont déposés de manière à former des andains alimentés et retournés par des pelleteuses) ou des méthaniseurs. 
  • établir des partenariats avec des prestataires privés pour des solutions de compostage de proximité en électrocompost par exemple (comme le pratiquent les alchimistes à paris) avec collecte en porte à porte en vélo pour des entreprises et gros producteurs.

Si la solution du compostage individuel, partagé et spécialisé n’est pas réfléchie d’ici à 2024, ce seront les services de collecte des déchets ménagers et recyclables qui recevront la tâche de récolter également les biodéchets. Autant vous dire que Suez et Veolia se frottent déjà les mains.

Cette tournée supplémentaire, couplée à l’extension des consignes de tri aux emballages plastiques d’ici à 2022, devrait normalement permettre la suppression d’une collecte des ordures ménagères puisqu’avec moins de plastiques et de restes alimentaires, les poubelles allégeront d’autant. Cela pourrait néanmoins être mal vécu par les habitants qui auront l’impression qu’on les prive d’une tournée, ne comprenant pas que les bio-déchets allégeront la poubelle classique. Même si cela ne signifie pas forcément que la facture ne s’en ressentira pas.

Pour les collectivités en redevance, cela se traduit par une hausse du prix à payer pour les usagers, mais pour celles encore en taxe d’enlèvement (la majorité des villes), c’est le budget communal qui en pâtira. Sans compter les nuisances induites par des collectes motorisées.

Des solutions concrètes pour les communes et intercommunalités

A l’inverse, la gestion de proximité par site individuel ou partagé permet de maîtriser les coûts de la gestion des déchets en associant responsabilisation des collectivités et des individus pour un changement de comportement général, puisque la collectivité doit adapter son occupation des sols et ses pratiques de gestion des espaces verts, tandis que les individus sont invités à se déplacer et à consacrer 10mn par semaine au compostage. 

Un maitre composteur salarié est suffisant pour impulser ce changement dans notre collectivité type (ou dans un petit EPCI). Son activité tournera autour de l’installation de sites achetés (on peut trouver un site de 3 bacs d’apport avec outils pour 1000€ en commande publique) ou conçus par le centre technique, qui peuvent même être revendus aux particuliers, l’animation de rue, la formation dans les écoles, établissements et entreprises, la formation de guides composteurs et de référents de sites partagés, ainsi que la réponse aux questions. 

Un site de 10m² peut accueillir suffisamment de bacs pour gérer les biodéchets annuels de 50 à 100 personnes (en fonction des configurations) qui pourront être gérés par les citoyens eux même, grâce aux matières carbonées fournies par les jardins proches, voire éventuellement les espaces verts municipaux. 

Mais pour partager un composteur, encore faut il pouvoir les installer dans des espaces publiques. pour cela 4 options s’offrent aux communes.

1° Sur le plan réglementaire, le PLU peut également imposer la création d’un site de compostage partagé dans les nouvelles constructions collectives, alors qu’il faudra les existantes d’implanter un site – partagé ou réservé à leur seul usage – dans leur terrain. C’est dans cette perspective qu’il faut envisager un passage à la redevance incitative. 

2° L’introduction d’emplacements réservés dans le PLU permettrait de racheter de force des terrains à des propriétaires privés pour y installer des composteurs de quartier.

3° La mise à disposition du matériel et des compétences du maître composteur pour les copropriétés déjà existantes sera un argument de poids pour les convaincre de passer à l’action.

4° La surface minimale pour composter en site partagé est équivalente à celle d’une place de stationnement. Une matinée à la déminéraliser, un peu de grelinette pour remuer la terre, et c’est parti !

Le compostage est une solution qui va s’imposer assez naturellement aux communes d’ici 2024 et peut se pratiquer assez facilement moyennant l’embauche d’un maitre composteur et le soutien aux initiatives privées.

Aller plus loin :

Le compostage et le paillage, brochure Ademe

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Nicolas Falempin

Cadre de la fonction publique territoriale spécialisé en protection de l'environnement.  Mélange droit public, transition écologique et tasses de café pour créer un blog concret sur la transition des territoires.

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