Collectivités, engagez la démarche Citergie

Citergie est la transposition en France d’un label européen obtenu par des milliers des collectivités, qui propose un catalogue d’indicateurs, d’objectifs et de mesures concrètes grâce auxquels une collectivité locale –et dont une entreprise peut s’inspirer – peut engager un démarcher de ses pratiques environnementales et de leur impact dans le cadre d’une stratégie climat-air-énergie. Porté par l’Ademe depuis 2008, il regroupe actuellement plus de 200 collectivités et 1/3 de la population française est concernée.

Le label Citergie, idéal pour connaitre sa situation énergétique

Il s’inscrit dans un processus long de diagnostic, de planification, de rédaction des documents d’urbanisme et des réglementations locales adéquates, ainsi que de mise en œuvre des mesures correctives nécessaires. Il n’y a pas trop d’un mandat pour réussir à décrocher le label cit’ergie, d’autant plus si on vise une performance optimale. D’ailleurs l’évaluation se fait au bout de 4 ans, et se répète ensuite, afin de progresser dans la labellisation organisée en trois niveaux

  • Cap citergie pour les collectivités ayant atteint de 35% à 50% de leur potentiel de mesures climat-air-énergie
  • Label citergie pour celles entre 50 et 75% du potentiel
  • Citergie Gold pour les plus exemplaires qui ont dépassé 75% du potentiel d’amélioration

Plusieurs domaines propres aux communes et EPCI sont ainsi considérés

  • la production et consommation d’énergie
  • l’organisation des mobilités
  • la prévention et gestion des déchets
  • la rénovation de l’habitat et la construction durable
  • la préservation de la biodiversité
  • le soutien à l’activité économique durable, y compris agricole
  • l’implication des citoyens, les former et les engager dans la démarche
  • l’exemplarité des collectivités dans leurs pratiques et la gestion de leur domaines

La mise en oeuvre de Citergie

Citergie est ainsi un cadre à partir duquel engager concrètement la transition énergétique et écologique du territoire. Les indicateurs et mesures du label couvrent un champ de compétences suffisamment larges pour recouvrir la plupart des domaines où des changements de pratiques s’imposent. C’est l’une des premières mesures à prendre en début de mandat, celles dont découlera de nombreuses propositions décrites ici. Il ne sert à rien par exemple de construire un réseau de chaleur démesuré alors que le diagnostic pourrait mettre en évidence des mesures d’isolation à même d’améliorer l’efficacité énergétique pour la chaleur et le rafraichissement des bâtiments publics.

C’est pourquoi il ne doit pas être considéré à la légère. S’inscrire dans ce label demande un effort de tous les agents publics, qui doivent être accompagnés en conséquence dans le changement de leurs procédures, dans les nouveautés qui pourraient être vécues comme des perturbations. Prenons l’exemple du zéro phyto qui, bien qu’annoncé près de dix ans à l’avance, a encore pris par surprise des services techniques qui ne l’avaient pas anticipé, ne s’y étaient pas préparés ou n’avaient carrément pas envie de s’y conformer, faute d’une volonté politique suffisante pour les former et les pousser à changer leur mode de fonctionnement.

Citergie suppose donc des élus en charge du dossier capables de remporter les arbitrages budgétaires et politiques, tant la mise en œuvre des mesures implique d’investir massivement dans des infrastructures et rénovations nécessaires mais financièrement lourdes. Vu les travaux du quotidien déjà nécessaires dans les budgets investissements, elle ne peut guère être mise en œuvre pour l’instant que dans des collectivités aux capacités d’emprunt fortes, puisqu’au delà de dix ans d’emprunt, la préfecture considère qu’il y a mauvaise gestion et peut, si la situation ne s’améliore pas, prendre le contrôle budgétaire de la collectivité concernée.

De même, le service DRH devra être mobilisé sur le sujet pour pouvoir proposer les formations nécessaires aux transformation de l’activité et garder les agents motivés et prêts à s’engager, justement parce que cit’ergie peut être l’occasion pour eux de maitriser de nouvelles compétences, de diversifier leurs champ d’action voire de changer de poste. On pourrait même imaginer une réunion publique mélangeant agents et citoyens, sans distinction, visant à former des commissions de suivi de la démarche impliquant les deux parties, de manière à redonner du sens au processus et d’améliorer son acceptabilité sociale.

Une démarche de longue haleine

Ainsi, dans la perspective d’un mandat, nous pourrions proposer l’agenda suivant

  • An 1 : les budgets ayant déjà été votés en fin de mandat, la démarche se concentre sur la mobilisation des agents, des citoyens et l »élaboration d’un diagnostic partagé. Un festival citoyen sur les alternatives pour combattre les changements climatiques est organisé.
  • An 2 : Le diagnostic se finalise, des groupes d’action citoyens sont constitués pour porter la démarche plus largement, et des instances de co-élaboration et co-décision des mesures se mettent en place, en vue de proposer des expérimentations. Les documents cadre, notamment en urbanisme, sont adoptés. Le budget de l’année suivante est élaboré également dans sa version émission de GES, et des places de stationnement sont remplacées par des arbres.
  • An 3 : Les expérimentations se lancent, ainsi que les études techniques sur d’éventuelles nouvelles infrastructures ou travaux complexes. La démarche est enseignée dans les écoles, les derniers documents de cadrage sont finalisés. Les premiers maraichers municipaux s’installent sur les parcelles acquises grâce à la safer.
  • An 4 : Les premiers retours d’expérimentation arrivent et permettent des corrections, voire la transformation de certaines en activités économiques autonomes, en société coopérative, etc. Les travaux commencent, par exemple la rénovation énergétique des écoles, le remplacement des candélabres, la mise en place de pistes cyclables, etc. Des composteurs partagés essaiment dans toute la ville et permettent d’éviter une collecte supplémentaire.
  • An 5 : Les expérimentations viables sont pérennisées, les travaux continuent, avec des chantiers plus complexes comme la création d’un réseau de chaleur urbain, des centres de production d’énergie renouvelable, l’adaptation des stations d’épuration. La coopérative de production d’énergie renouvelable engrange ses premiers bénéfices et les redistribue à tous les producteurs citoyens.
  • An 6 : Même les entreprises se lancent dans la démarche, les commerces ne proposent plus d’emballage, le défi au boulot à vélo croule sous les participants, les pollutions urbaines diminuent. Les chantiers majeurs s’achèvent et les diagnostics de suivi font état d’une baisse des GES de 40 %, ce qui permet d’obtenir la labellisation cit’ergie.
  • An 7 : pour les élections, l’objectif de la municipalité est d’atteindre une baisse de 80 % d’ici la fin du 2e mandat, condition sine qua non pour respecter les accords de Paris et préserver la vie sur terre.
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Ce scénario est évidemment utopique, tant il suppose une mobilisation de toutes et tous, en permanence, avec une priorité budgétaire donnée à la démarche, une implication sans faille des élus et une diffusion sans accroc parmi la société civile.

La nécessité d’un changement en profondeur

Pour autant, cela n’est pas impossible puisque plus de 200 collectivités se sont déjà lancées, dans l’aventure, certaines ayant atteint le label gold, celui récompensant l’atteinte de 75% du potentiel cit’ergie, depuis plusieurs années.

En outre, le label ne suffit pas en soi si par ailleurs les habitants de la collectivité continuent à manger de la viande tous les jours, à acheter des vêtements de mauvaise qualité, à prendre l’avion pour partir en vacances et à se chauffer à 23°. C’est un accompagnement pour rendre les collectivités exemplaires et les aider à se réorganiser en vue de réduire les émissions de GES sur lesquelles ils ont un impact, mais cela doit servir de base pour former la population à aller plus loin, 1/4 des émissions carbone dépendant du comportement individuel.

Néanmoins, il est tout autant utopique que nécessaire, puisque d’après le rapport de WWF du 4 juillet 2018, le budget carbone des villes françaises sera épuisé en 2036 si nous voulons rester en dessous des 2°. C’est à dire qu’au-delà, tout ce que nous émettons, nous le volons à des pays qui n’ont pas encore atteint leur quota et en ont besoin pour s’adapter aux changements climatiques. Au-delà, nous nous engageons dans une trajectoire à +3°.

En conclusion, vous devez demander à vos collectivités de s’engager dans la démarche de labellisation citergie, garantie d’un accompagnement de qualité vers des mesures publiques ambitieuses, sans pour autant oublier que l’action sur les infrastructures publiques ne suffit pas, il faut aussi agir sur les comportements individuels.

Découvrir le label et ses mesures

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Nicolas Falempin

Cadre de la fonction publique territoriale spécialisé en protection de l'environnement.  Mélange droit public, transition écologique et tasses de café pour créer un blog concret sur la transition des territoires.

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