L’Energie du Déni – Vincent Mignerot

L’énergie du déni est un court essai – 80 pages – dans lequel Vincent Mignerot essaie de démontrer que la transition énergétique est non seulement incapable d’empêcher le réchauffement climatique, mais empire la situation.

Des verrous sociotechniques

La transition énergétique, c’est à dire l’usage des Energies de substitution (ENS) comme les renouvelables ou le nucléaires seraient foncièrement dépendantes des énergies fossiles, voire les aideraient à se maintenir.

Il posture d’une part que les ENS agissent comme support technique direct (alimentation en énergie “verte” des plateformes pétrolières par exemple). En effet, pour fonctionner loin des centrales thermiques ou en pleine mer, les plateformes pétrolières et gazières ont besoin des ENS. D’autre part, il rappelle qu’elles participent à une création de richesse qui prolongerait d’autant les capacités globales de nos sociétés à extraire et brûler des hydrocarbures. Les fonds d’investissements ne feraient pas la différence entre les énergies, ou seraient dites vertes parce qu’elles intègrent les ENS. Pire, le marché du carbone permet à des compagnies pétrolières de se verdir grâce à leur usage des ENS, tout en permettant à des entreprises comme Tesla de générer plus de cash en vendant leurs crédits carbone qu’en produisant des véhicules.

D’ailleurs, comme l’avait montré l’économiste Jevons avec son effet rebond, la mise en oeuvre de nouvelles sources d’énergie ne remplace pas les précédentes, mais s’accumule. Aussi, les ENS ne suppriment pas les énergies fossiles, qui ne se sont jamais aussi bien portées. Les énergies s’additionnent et les émissions de GES augmentent en conséquences. Et ce d’autant plus que les équipements de la transition énergétique ne sont pas nécessairement produites par des ENS, et c’est tout le problème des bilans carbone et autres ACV, qui ont du mal à dé mêler les interdépendance des différents biens.

Le dur rappel des lois de l’entropie

Cette interdépendance empêcherait les ENS d’avoir un réel avenir. Vincent Mignerot postule en effet que la friction est trop forte. C’est à dire que l’énergie nécessaire à la production, l’entretien et le démantèlement (voire recyclage) des ENS n’est pas couvert par leur production propre. Ce sont les énergies fossiles qui seules sont capables de produire plus que leur coût total de production, tant elles étaient jusqu’alors faciles à extraire.

Leur raréfaction est d’autant plus grave que les matières premières se raréfient dans le même temps, tandis que leur recyclage reste un gaspillage énergétique. Or les lois de l’entropie sont claires, le mouvement perpétuel est impossible, et sans la facilité apportée par les énergies fossiles, les infrastructures de production des ENS sont vouées à être de moins en moins faciles à construire, donc à apporter de moins en moins d’énergie.

C’est pourquoi Vincent Mignerot conclut que la transition énergétique est une impasse, une énergie du déni face aux changements nécessaires pour affronter la crise climatique. La transition énergétique donne l’impression de pouvoir se découpler des limites naturelles, mais elle ne fait que freiner l’effondrement. Certes, elle parait assurer une certaine forme de résilience énergétique, mais la dépendance aux énergies fossiles est trop fortes. Celles-ci sont en effet également présentes dans les systèmes alimentaires et médicaux, tout aussi critiques pour la résilience que la production d’énergie.

Un ouvrage assez problématique

Bien que cet essai s’appuie implicitement sur les épaules d’ouvrages bien plus connus comme celui de Guillaume Pitron, de Eric Vidalenc ou de l’institut Négawatt, il n’en retient pas la stricte rigueur scientifique. J’ai surtout eu l’impression de lire un pamphlet, tant les hypothèses émises par Vincent Mignerot dans l’Energie du déni me semblent se rapprocher d’allégations que de faits scientifiques. Son propos est en effet truffé d’exemples, mais pas de faits scientifiques ou de chiffres. Aucun calcul ne vient étayer ce concept de friction, nous ne saurons pas comment l’auteur parvient à cette conclusion. Certes, les lois de l’entropie sont une limite infranchissable, et il est claire que la transition énergétique n’est qu’un pis aller sans politique de sobriété, mais quelle alternative ?

Vincent Mignerot en propose 4 : la réduction volontaire des besoins, l’abandon de l’état providence (basé sur l’exploitation des ressources naturelles comme le rappelait déjà Pierre Charbonnier en 2020), le travail manuel et le partage des richesses. Bref, il envisage la sobriété dans tous ses aspects, dégonflant l’hubris technologique et la cupidité néolibérale dans le même temps, tout en dissipant les brumes de la social-démocratie pour nous rapprocher de la décroissance, bien que le terme ne soit jamais évoqué.

Et voila, en deux pages, il a littéralement énoncé ses quatre vérités à la transition énergétiques. Il ne faut pas s’étonner de la minceur du propos, tout les chapitres sont des notes de blog. C’est le format qui veut ça. Par contre, c’est dommage que ça empêche Vincent Mignerot de profiter de donner plus de détails dans l’énergie du déni. Car d’énergie pour nous éclairer sur les solutions, il n’en a plus.

Conclusion

Comme vous l’aurez compris, je reste assez déçu par cet opus. Il n’est pas mauvais, Vincent Mignerot explique bien et ça s’enchaîne bien, de manière logique et cohérente. Par contre, il ne se justifie jamais et par conséquent je ne vois pas comment réutiliser son propos dans une discussion, puisque je n’ai pas d’arguments solides pour l’étayer hormis une référence aux lois de l’entropie.

Découvrir l’énergie du déni de Vincent Mignerot sur le site de l’éditeur

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Nicolas Falempin

Cadre de la fonction publique territoriale spécialisé en protection de l'environnement.  Mélange droit public, transition écologique et tasses de café pour créer un blog concret sur la transition des territoires.

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