Installer des toilettes sèches dans les communes

La réduction des déchets à l’échelle communale passe inévitablement par le compostage. La transition écologique suppose d’économiser au maximum les matières et donc de réutiliser au mieux. Ainsi, nous avons déjà vu qu’il est possible de généraliser le compostage dans une ville densément urbanisée. La suite logique de ce processus est de récupérer le fumain pour en faire également du compost. Il vous faut donc installer des toilettes sèches dans les communes.

Comment installer des toilettes sèches ?

Il existe deux types de toilettes sèches. D’une part les toilettes unitaires, où urine et excréments sont traités ensemble. D’autre part les toilettes à séparation à la source, où urine et excréments sont séparés pour des traitements et usages distincts. Là dessus se rajoute les distinctions entre les toilettes sèches traitées sur place et celles avec une cuve pour amener les déchets dans un bac à compost. Et n’oublions pas non plus celles avec ou sans apport de matière sèche.

Ce guide d’un fabricant français répertorie les différentes options (dont celles d’autres fabricants) avec la faisabilité technique, les conditions architecturales et une évaluation du coût. C’est un document précieux montrant que le modèle peut être généralisé. Par ailleurs, il parle aussi de la phytoépuration que nous n’aborderons que dans un autre article.

Où peut on en installer ?

On peut installer des toilettes sèches partout… mais pas n’importe comment. Appartements, hôpitaux, maison de luxe, service public, cinéma, wc public, rien n’est impossible.

D’ailleurs, cela est possible que vous soyez en assainissement collectif ou non collectif. L’assainissement collectif vous contraint au raccordement, pas à l’usage des installations classiques.

Par exemple, les toilettes sèches sont une solution idéale pour les WC publics. On en trouve déjà sur des chantiers, des aires d’autoroute, des campings ou dans des rues. Et même vos festivals et manifestations publiques se prêtent à ce dispositif. Généralement, ce sont plutôt des modèles avec cuve de lombricompostage, ce qui facilite l’entretien. J’ai déjà travaillé avec ce fabricant français par exemple. Leurs modèles coûtent de 12000 à 35000 € pour du WC public petite capacité à celui à usage permanent. Plus c’est cher, plus la cuve est grande, les options nombreuses, et adaptés PMR également.

En logement, l’idéal est d’avoir une cave pour placer une cuve gravitaire de stockage et/ou séparation des excréments. Sinon, il vous faudra vider manuellement vos bacs. Mais même en appartement, c’est possible. A Bordeaux, l’association la Fumainerie vient d’ouvrir. A l’image des services pionniers de collecte des biodéchets, elle propose l’évacuation de vos excréments pour les placer dans un composteur partagé. C’est un type de service public pour lequel le soutien municipal est nécessaire.

toilettes sèches

Mais ça va puer non ?

Comme le compost de biodéchets, le compost de matières fécales ne dégage pas réellement de mauvaises odeurs. Cela dépend aussi du modèle choisi.

Si vous êtes dans un modèle à l’ancienne, avec sciure à rajouter, ajoutez plus de matière sèche pour masquer les odeurs. Les modèles gravitaires comportent une trappe empêchant la remontée des odeurs. Un tuyau filtrant d’évacuation manuelle ou mécanique (VMC) complète souvent le dispositif. C’est la meilleure option pour ceux ne supportant pas les mauvaises odeurs.

Par ailleurs, le composteur à excréments que vous utiliserez éventuellement dans le jardin, pour les modèles à bac amovibles, aura les mêmes effets qu’un composteur classique. Il doit lui aussi être remué régulièrement et équilibré en matière sèche. Dans son cas, la réglementation recommande de le couvrir en plus.

Un investissement rentable pour des collectivités exemplaires

Les toilettes sèches coûtent plus cher à l’achat que les toilettes à chasse d’eau. C’est clair, indubitable, en tout cas pour les modèles confortables et pratiques. Mais ce calcul ne prend en compte que le coût même de l’objet, sans considérer le cycle de vie.

Anticiper les toilettes sèches dans un bâtiment neuf permet de réduire le besoin en tuyauterie. Moins d’eau et moins d’assainissement, c’est ça de gagné. Par ailleurs, même les eaux grises pourraient passer par un système similaire d’épuration. Ce qui réduirait le besoin d’assainissement, malgré une difficulté supérieure en zone densément peuplée.

Par ailleurs, l’installation sous-évalue systématiquement la consommation d’eau. Or, avec une consommation minimale de 10m3 par an et par français, cela représente environ 50€ de consommation. A l’inverse, une toilette sèche en lombricompostage ne demande pas de sciure, et ne coûte donc rien. Dans un lieu public, avec des dizaines ou centaines d’usages par jour, l’économie réalisée est monstrueuse. Plus l’équipement est utilisé, plus le retour sur investissement est rapide.

Mais plus encore, c’est le recours aux stations d’épuration qui pourrait être questionné. En effet, la matière fécale concentre la quasi-totalité des germes pathogènes mais est facilement récupérée. Tandis que l’urine peut polluer aussi les eaux, notamment venant d’une personne prenant des médicaments, et est difficile à traiter. De la sorte, les eaux de toilettes représentent une part importante des boues d’épuration. Leur diminution permettra d’envisager un sous-dimensionnement des stations d’épuration et des réseaux d’évacuation des eaux usées. Ce qui fera également baisser la facture pour les collectivités et les ménages.

Un atout indispensable pour une agriculture locale durable

Nous l’avons vu précédemment, c’est aussi la production alimentaire qu’il faut transformer. L’agriculture intensive à base d’intrants chimiques ne pourra pas perdurer. Elle émet trop de GES, détruit la faune souterraine et facilite l’érosion des sols. Pour maintenir de bons rendements, il vous faudra donc trouver des alternatives.

Et les matières fécales sont parfaites pour ça. En particulier l’urine, qui est riche en azote et phosphore. Ce sont deux matières fertilisantes essentielles qui sont les bases des engrais actuels. Elle peut être diluée pour atténuer son effet, parfois un peu fort, et servir tant pour les espaces verts que pour le potager. Par contre, en théorie, le compost fécal ne doit pas servir au potager. Mais, bien fait, avec un temps de maturation de deux ans, il ne contient plus normalement de germes pathogènes.

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Eventuellement, pour les parcelles en jachères ou les terrains en dépollution, le compost fécal pourrait servir de couverture des sols. Dès lors, il ne serait plus en contact direct avec les légumes mais fertiliserait quand même les sols.

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Un instrument de régulation des déchets animaux

C’est un angle mort de la gestion des déchets : les excréments de nos amis à 4 patte. D’après certains calculs, on peut considérer que les litières félines pourraient représenter 6 kg de déchet par an et par français, soit 1% de la production individuelle. La litière même constitue l’essentiel du volume, les excréments étant assez légers. Nous pourrions ainsi séparer la litière pour servir au composteur comme broyat, tandis que les excréments pourraient aller dans les toilettes sèches.

De même pour les chiens, un tel système éviterait de recourir à des sachets plastiques dangereux pour l’environnement. Chaque propriétaire de chien ramasserait avec une pelle et un seau sans recourir à un sachet.

Et avec le passage à la redevance incitative, ces mesures de prévention des déchets seraient d’autant plus utiles !

Les communes sont nécessaires dans le déploiement des toilettes sèches

Si les communes ne se lancent pas dans cette démarche, personne ne le fera. Les toilettes sèches resteront cantonnés à une prestation extraordinaire ou l’assainissement non collectif. En la matière, les communes ont un rôle d’exemplarité à jouer. Et ce d’autant plus qu’elles ont les moyens d’adapter les infrastructures publiques. Cet investissement permettra de soutenir la filière française et l’aidera à se structurer de manière pérenne. C’est en utilisant des toilettes sèches pratiques, inodores et propres dans les bibliothèques, stades, mairies, églises, écoles et festivals que les habitants prendront conscience de la possibilité d’en installer aussi chez eux.

Mais plus encore, c’est juridiquement que les communes peuvent aider. En effet, elles doivent définir un zonage pour l’assainissement. C’est à dire une zone où le raccordement au réseau d’évacuation public est obligatoire ou une zone où la collectivité n’a pas prévu de réseau et laisse la possibilité aux habitants de mettre en place le système de leur choix, à leur frais.

Or, en plaçant les éventuelles futures extensions urbaines en zonage non collectif, elles favoriseront les toilettes sèches, puisque dans le cas contraire le raccordement au réseau d’assainissement est obligatoire. Évidemment, ce raccordement obligatoire ne signifie pas qu’il faut s’en servir, juste que le branchement est fait. Néanmoins, la possibilité de choisir serait décisive.

Enfin, à l’instar de ce qui se fait pour les composteurs, la mairie pourrait subventionner l’achat de toilettes sèches. En passant une commande groupée, voire avec un esat, elle pourrait commander le matériel basique. Un caisson avec abattant et bac serait idéal par exemple. On peut certainement faire baisser le prix à 150€ maximum pour faciliter la diffusion. Ensuite, ceux qui veulent aller plus loin ou faire plus pratique pourraient obtenir des conseils. Dans cette optique, la commune pourra se se servir du maître composteur communal.

Conclusion

Comme de nombreuses choses, la transition vers les toilettes sèches ne saurait se faire sans les mairies. Premièrement, elles permettent de réaliser de réelles économies dans les infrastructures municipales. Deuxièmement, elles approvisionneront les espaces d’agriculture urbaine nécessaire à la résilience alimentaire. Troisièmement, elles amélioreront durablement l’environnement en préservant l’eau.

Mettons fin au tout à l’égout et vive le tout au compost !

Vous trouverez plus d’information sur le site de l’association des concepteurs de toilettes sèches et de phytoépuration.

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Nicolas Falempin

Cadre de la fonction publique territoriale spécialisé en protection de l'environnement.  Mélange droit public, transition écologique et tasses de café pour créer un blog concret sur la transition des territoires.

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