Les Fables de l’Anthropocène

Avec les Fables de l’Anthropocène, nous avons pour ambition de donner une interprétation moderne des Fables de la Fontaine. Et si jean de la Fontaine avait été un penseur écologiste ? A l’occasion des quatre-cent ans de sa naissance, en me replongeant dans les fables, je me suis rendu compte que la morale d’une part conséquente de ces récits pouvait s’appliquer à la crise environnementale que nous traversons et permettre ainsi de définir une morale écologique pour nos sociétés. Il ne sera jamais un André Gorz, un Ivan Illich ou un Rob Hopkins, avec leur art respectif de souligner des problèmes par la perspective environnementale pour mieux souligner les faiblesses de notre époque, mais il pourrait lui aussi faire sa part…

Mais avons-nous encore besoin de relire les Fables de la Fontaine plus de 300 ans après leur parution. Est-il encore possible d’en apprendre quelque chose ? Bien entendu, et c’est là la grande force des fabulistes que de transcender leur époque pour proposer des règles de conduites et des analyses qui traversent les siècles. D’ailleurs Karl Marx ne disait-il pas que l’Histoire se répète toujours deux fois, la première fois comme une tragédie, la seconde comme une farce. C’est justement cette répétition des événements, leur réitération au fil des évolutions de notre civilisation, en dépit de l’évolution des régimes politiques et technologiques, qui rend le travail des fabulistes précieux. Au final, notre environnement change mais la manière de penser et de se comporter des hommes et des femmes n’évolue guère.

Ainsi, dans un contexte où la crise environnementale est la pire menace pesant sur la planète à moyen terme, où il a fallu inventer un nouveau terme pour désigner l’ère géologique dans laquelle les activités humaines nous ont fait entrer, il apparait possible, pour ne pas dire opportun, de s’imaginer tirer des leçons de ces fables éternelles sur la manière dont nous traitons cette crise de l’Anthropocène. C’est un pari d’autant plus osé, que cette perspective peut sembler inattendue dans cette oeuvre. En effet, rien dans l’existence de Jean de la Fontaine ne laisse supposer une sensibilité pour le sujet.

Certes, à l’instar de son père, il a exercé un office royal dans la gestion des eaux et forêts, mais ce n’était guère par goût puisqu’il a fini par revendre cet office (à l’époque, ces charges s’achetaient, comme un office notarial actuellement), pour lequel il n’avait apparemment jamais montré grand intérêt nous apprend sa biographie, pour se consacrer à la littérature et à la vie de gentilhomme. L’histoire retient de lui sa grande érudition, sa connaissance des auteurs classiques et sa capacité à transposer des récits antique d’auteurs comme Esope. Mais rien ne nous est transmis de sa connaissance des plantes et animaux qui peuplaient les espaces dont il avait la garde.

Mettre en récit l’anthropocène

Ceux qui ont déjà lu les Fables le savent, Jean de la Fontaine n’est pas très optimiste sur la nature humaine. Chez lui, la Fable est l’occasion de lancer l’alerte sur un mauvais comportement, sur une situation qui n’améliore pas les choses, sur des traits de caractère antisociaux. Certes, son écriture est empreinte de son caractère bourgeois, voire aristocratique, et il est aisé d’y voir une certaine condescendance vis à vis de ceux qui triment toute la journée aux champs pour presque rien, de sorte qu’il peut ensuite leur reprocher de ne pas savoir s’organiser, mais ce serait faire un mauvais procès à Jean de la Fontaine. Il essaie avant tout de proposer des principes pour comprendre la nature humaine, déjouer ses pièges et ainsi éviter la désillusion.

D’ailleurs n’est ce pas une fable, que l’on s’étonne de ne pas retrouver dans les recueils de Jean de la Fontaine, qui a contribué à structurer la conscience écologique de dizaines de milliers de Français en les poussant à s’engager au sein du mouvement colibris. Quelques semaines après la mort de leur cofondateur, Pierre Rabhi, l’image du colibri ralliant à lui les animaux de la forêt par l’exemplarité de sa démarche puise directement aux racines de la morale telle que l’imaginait Jean de la Fontaine.

Dans une perspective environnementale, outre les situations transposables aux négociations politiques internationales, à l’hypocrisie des états, au greenwashing des entreprises ou encore aux renoncements sur la souveraineté technologique, c’est un guide très utile pour reconsidérer l’organisation collective en vue de s’opposer et de proposer des alternatives. Leur conclusion s’adapte en effet à de nombreuses situations et est propice à l’élaboration tant d’une éthique individuelle pour une existence conjuguant responsabilité et épanouissement que pour la constitution de principes sociétaux permettant à chacun de vivre librement sans nuire à autrui, c’est à dire avant tout en respectant les limites environnementales nécessaires au maintien de d’une société moderne, démocratique et heureuse.

Rendre hommage en réactualisant

Notre société actuelle manque de repères. Alors que nous dépassons les limites planétaires avec insouciance, poursuivant continuellement une illusoire croissance des besoins, la morale s’en ressent forcément. La multiplication des divertissements, les injonctions à la jouissance, à l’iconoclasme, l’affirmation de la liberté sans entrave aucune, tout nous pousse à ne plus tenir compte des principes contenus dans les Fables justement.

Ainsi, à’ l’occasion des 400 ans de la naissance de Jean de la Fontaine, il m’a paru opportun de rendre hommage à cet écrivain dont la perspicacité à traversé les siècles et les continents en le réactualisant, en le replaçant dans un contexte contemporain, où sa plume ferait là encore des miracles. J’en viendrais presque à regretter que Jean de la Fontaine ne soit pas un auteur actuel, qui nous régalerait de ses satires imagées dans des chroniques radiophoniques, tel un Guillaume Meurice doté d’une imagination animale.

En m’appuyant sur une grosse quinzaine de fables, sélectionnées dans les 6 premiers livres (les plus connus des douze publiés au total) je vous propose ainsi de découvrir, à travers la relecture de ces contes, l’origine des problèmes environnementaux que nous connaissons actuellement, de prendre conscience de facteurs d’aggravation de ces phénomènes, de menaces pour l’indispensable transition écologique, mais aussi de solutions concrètes que nous pourrions mettre en oeuvre dès maintenant. Ce support me parait ainsi idéal pour éveiller la conscience sur la crise climatique, quelque soit l’âge des lecteurs, ce message pouvant justement s’adapter en fonction du niveau de connaissance.

Sur le même sujet :  Les maires et la transition écologique

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Nicolas Falempin

Cadre de la fonction publique territoriale spécialisé en protection de l'environnement.  Mélange droit public, transition écologique et tasses de café pour créer un blog concret sur la transition des territoires.

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