Réorganiser les cimetières pour les rendre durables pour l’éternité

En matière d’inhumation également, il s’avèrera nécessaire de changer ses pratiques. Rassurez vous tout de suite, ce chapitrene tentera pas de vous convaincre de devenir un adepte du soleil vert, roman et film dans lequel – confrontés à un réchauffement climatique désastreux – on en vient à convertir les cadavres en pilules nutritives, ce que le héros découvre à la fin de l’histoire.

Pour autant, il apparaît nécessaire de mettre un terme aux pratiques désastreuses auxquelles ont se livre pour l’instant. Le corps humain, une fois décédé, est rempli de fluides conservateurs visant à empêcher la décomposition le temps d’organiser la cérémonie d’inhumation en le rendant présentable, ce qui pour effet de ralentir considérablement un mécanisme qui ne devrait prendre que quelques mois. Ce qui est d’autant plus dommageable que cela se fait à travers un cercueil traité pour résister lui même à la décomposition, placé dans un tombeau en béton qui artificialise les sols et détruit la vie souterraine. Quand il n’est pas incinéré à grands feux, alors que constitué en grande partie d’eau, il est par définition difficile à brûler, ce qui contraint d’augmenter l’intensité de la combustion, et donc de produire énormément de co2.

L’inhumation pleine terre – méconnue en France – est de loin la meilleure solution

1 – De l’utilité des cimetières

Les ingénieurs ont mis au point de nombreuses méthodes alternatives pour ne pas brûler ou inhumer un corps, la plupart soit très fantaisistes ou technicisées, et donc réservées à un public restreint. Par ailleurs, elles ne sont pas autorisées en France et aucun mouvement en leur faveur n’a pour l’instant émergé.

Pour l’instant la loi française n’offre que deux modes de traitement des dépouilles : l’incinération avec urne (attention la dispersion n’est autorisée que dans les cimetières puisque les cendres sont considérés comme un déchet) et l’inhumation dans un cercueil scellé placé dans un cimetière.

3 alternatives s’offrent ainsi au maire désireux de changer ses pratiques funéraires

  • Conseiller aux proches d’inhumer le corps le plus vite possible en refusant les produits de conservation, dans un cercueil en carton ou en bois fin (éviter le pin qui est vermifuge) et en pleine terre, voire sans monument funéraire. La tombe pourra alors être signalée avec de la décoration, du gravier, de la végétation et une petit plaque.
  • Créer une forêt cinéraire, dispositif encore pionnier en France mais pas forcément illégal, dans lequel, en lieu et place d’un colombarium, des urnes compostables sont placées en pleine terre dans un carré dûment défini, de manière à ce que les cendres nourrissent le sol.
  • Créer un cimetière à humusation, ce qui est une pratique encore interdite en France, puisque sans cercueil ni housse homologuée par le ministère de l’intérieur, mais qui présente le meilleur impact environnemental, puisque le corps est – pour simplifier – mélangé à du broyat pour en faire du compost. Créer un tel cimetière serait donc un risque juridique, mais qui se justifierait sur le plan environnemental.

Par ailleurs, à l’instar du fumain – c’est à dire le compost issu des excréments humains – dont nous ferons bientôt la promotion dans la partie dédiée aux déchets, le corps humain comporte de nombreuses vertus régénérantes pour les sols, tant il est riche en matières organiques fondamentales comme le phosphore, tandis qu’il peut également nourrir des insectes qui – en grouillant dans le sol – l’aèrent et lui permettent de devenir puits de carbone.

2 – Cimetières et espaces verts

Les cimetières dépendent entièrement de la compétence du maire et sont soumis à son pouvoir de police administrative. il a donc toute latitude pour décider de son organisation et de son fonctionnement dans le respect de la loi.

A cet égard, le maire peut donc décider de moderniser les cimetières pour les adapter aux besoins de la transition écologique. La transformation principale se jouera donc du côté des espaces verts et de leur entretien.

En effet, actuellement, la plupart des cimetières sont artificialisés avec un recouvrement du sol par du gravier, et les mauvaises herbes sont impitoyablement éliminées avec des produits phytosanitaires, qui sont encore autorisés pour les municipalités en ces lieux. La première étape sera donc de passer au zéro phyto à l’instar de ce qu’a fait la ville de Versailles depuis 2009. Ce document fait le point sur différents outils pouvant servir à entretenir les cimetières sans produits toxiques.

Mais le plus simple serait peut être de laisser libre cours à la végétation, son élimination étant finalement une tendance hygiéniste récente. Accompagné d’une sensibilisation de la population, à l’instar de ce qui se fait à Rennes, où les espaces entre les tombes et devant sont semés pour former une pelouse, voire un gazon fleuri. La fredon donne des idées d’aménagements en ce sens, en rappelant que les mauvaises herbes viennent souvent des écarts entre deux surfaces, comme cela peut arriver au pied des monuments ou dans les joints vieillis des pavages de circulation, qui pourraient ainsi être rafraichis via un marché d’entretien à bon de commande par exemple.

Et avec une meilleure gestion des agents des services techniques, qui devraient uniquement intervenir dans de tels cimetières deux ou trois par an, en préventif , les risques de survenue d’adventices sont réduits. De même, il revient au maire de faire appliquer les arrêtés municipaux contraignant les propriétaires de parcelles à les entretenir, même si ce genre de rappel à la loi est impopulaire.

Enfin pour encore plus de cohérence, et afin d’éviter la production de déchets dans les cimetières, le maire pourrait interdire l’utilisation de fleurs coupées dans son cimetière. A la place, pourquoi ne pas encourager la plantation de fleurs ou d’arbustes en pleine terre, autour des caveaux ou des emplacements d’humusation (le cas échéant). Une plante durable n’est elle pas le meilleur hommage que l’on puisse rendre à un proche défunt ? A défaut, et pour ne pas aller aussi loin, ce sont les essences de fleurs qui pourraient être définies afin de privilégier des plantes de saison et/ou locales, démarche pour laquelle un partenariat avec les fleuristes avoisinants ne sera pas de trop.

Financièrement, ces méthodes requièrent plus de main d’oeuvre si vous n’optez pas pour la partie végétalisation du cimetière, mais elles permettront à la vie de revenir dans ces lieux de recueillement, ce qui pourrait avoir de nombreux effets positifs, et atténuer un peu la peine des proches.

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Ainsi, outre la méthode de traitement du défunt, le maire peut aussi jouer sur l’organisation de l’espace au sein des cimetières pour améliorer leur esthétique, revivifier les sols et même faire des économies. Mortel non ?

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Nicolas Falempin

Cadre de la fonction publique territoriale spécialisé en protection de l'environnement.  Mélange droit public, transition écologique et tasses de café pour créer un blog concret sur la transition des territoires.

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